Usurpateur S.55

Sur les tétradrachmes S.55.1 (Fig.1) on peut lire ΔΠ() sous le trône et ()PITI en exergue, ce qui correspond à janvier 28 avant J.-C., tandis que sur les tétradrachmes S.55.12/14 on trouve en exergue les mois ΔAICIOY, ΠANHMOY (Fig.2) et OΛΩIOY (mai, juin et juillet) mais pas d’année. Ces types S.55.1, 55.12, 55.13 et 55.14 montrent de grandes similitudes, en plus du fait que le souverain n’arbore pas la verrue propre aux Arsacides, particulièrement le style de l'effigie et le rendu de la coiffure. On peut donc légitimement en déduire que tous ont été émis dans le même laps de temps, en 28 avant notre ère, et sous la même autorité.

S.55.1 S.55.13
Fig.1 - Tétradrachme S.55.1
Année : ΔΠ() - Mois : ()PITI (janvier 28 avant J.-C.)

(Collection Petrowicz, 2288  -  Photo Rauch)
Fig.2 - Tétradrachme S.55.13
Pas d'année - Mois : ΠANHMOY (juin)

(Photo Peus)

François de Callataÿ, en 1994, intégrait cette série au monnayage de Phraates IV. Toutefois, si on compare ces tétradrachmes à ceux frappés entre février et juin 28 avant J.-C., cette fois-ci sans ambiguïté pour Phraates IV (S.55.2 et var.) (Fig.3), le manque de ressemblance est évident (portrait, coiffure, etc). On a en fait deux séries produites simultanément, l’une entre janvier et juillet et l’autre entre février et juin de la même année, à partir de coins réalisés par des graveurs différents et par conséquent sans doute en des lieux différents, pour manifestement deux concurrents. Partant de là, l’attribution des tétradrachmes S.55.1-12/14 à Phraates IV serait très problématique.
Sellwood, pour sa part, avait assigné ces monnaies à Tiridates, sur la base de l’absence de verrue dynastique, mais les dates ne coïncident pas. En effet Tiridates dispute le pouvoir à Phraates IV à partir de 31 avant J.-C. et contraint dans un premier temps ce dernier à s'exiler chez les Saces, mais Phraates regroupe ses forces rapidement et c'est Tiridates qui doit à son tour s'esquiver et chercher refuge en Syrie, en 30 ou 29 av. J.-C., avec le consentement des Romains. Ce n’est qu’en 26 av. J.-C. que Tiridates s'empare du trône pour la seconde fois, avant de devoir s'enfuir de nouveau en territoire romain après seulement quelques mois au pouvoir. Aussi les tétradrachmes émis en 28 av. J.-C. ne peuvent pas lui être crédités. Par ailleurs, si on examine les tétradrachmes S.55.7/9 de Tiridates (Fig.4), le portrait n’a rien de commun avec celui de la série S.55.1-12/14, ce qui confirme qu’il est hautement improbable que ces deux émissions appartiennent au même souverain.

S.55.2 S.55.8
Fig.3 - Tétradrachme S.55.2
ΔΠΣ  ΔIΣ (février 28 avant J.-C.)

(Photo ACR Auctions)
Fig.4 - Tétradrachme S.55.8
ςΠΣ  AP (avril 26 avant J.-C.)
(Collection privée)

En 1904, Allotte de la Fuÿe publie un article dans la Revue Numismatique avec pour titre « Les monnaies arsacides surfrappées ». Il y décrit notamment le tétradrachme ci-dessous (Fig.5), qui faisait alors partie de sa collection. Il voit en ligne du bas du revers "un fragment de légende ....KIOY.... appartenant à une pièce antérieure". Pourtant, à l’examen de la monnaie, l’évidence d’une surfrappe n’apparaît pas, et ce qui a été interprété comme ....KIOY.... doit plutôt être lu ()ICIOY, pour ΔAICIOY, le Δ étant hors flan et le A à moitié visible. Il s’agit donc du mois, ce qu’on peut vérifier sur au moins deux autres spécimens du même type où le mois figure en totalité.
Allotte de la Fuÿe s’intéresse ensuite de façon très détaillée aux caractéristiques stylistiques de ce tétradrachme : à l’avers un portrait plus expressif et une chevelure traitée plus artistiquement que sur les frappes de Phraates IV, au revers la finesse inhabituelle du visage du roi, copie fidèle de l’effigie de l’avers, mais aussi les différences épigraphiques de la légende, en particulier la forme des Φ. Il en conclut logiquement que ce tétradrachme n’appartient certainement pas à Orodes II, Phraates IV ou Tiridates.
Pour finir il développe longuement l’hypothèse d’une émission faite pour Pacorus, le fils aîné de Phraates IV. Hélas, si cette thèse est séduisante, elle se heurte à la datation établie plus haut pour les types S.55.1-12/14, c’est-à-dire 28 av. J.-C. ; en effet, Pacorus ayant été tué 10 ans plus tôt dans sa dernière tentative d’envahir la Syrie, on ne peut non plus envisager que ce soit lui qui figure sur cette émission.

S.55.12
Fig.5 - Tétradrachme S.55.12     Pas d'année - Mois : (Δ)AICIOY (mai)
(Collection privée ; ex Collection Allotte de la Fuÿe)

S'impose donc l'existence d’un "usurpateur", qui a contrôlé une partie des territoires parthes au cours du premier semestre 28 avant notre ère, et qui n'a laissé d’autre trace dans l’histoire qu'une poignée de tétradrachmes. En tout état de cause cette tentative aura été éphémère et on ne peut que spéculer sur l’identité de ce prétendant et sur la localisation de l’atelier responsable de la production des rares spécimens S.55.1-12/14.



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